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Сумерки

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Sujet: Re: Сумерки
Jeu 2 Fév - 22:59

Oserait-il trahir son camp pour Lucille? Très bonne question. Il l'appréciait, il était attaché à elle... Son monde n'était pas très peuplé, une poignée de personnes tout au plus... Alors, pouvait-il se sacrifier, se mettre dans l'embarras pour la chanteuse?

Probablement pas. Tout aussi délicieux et sain que soit leur lien, il ne l'emportait pas. Son pacte avec Johnathan était plus fort... Justement parce qu'il était tordu et malsain. Les cauchemars l'emportaient toujours, surtout pour un jeune homme qui s'y sentait comme chez lui. Lucille était plus intéressante, plus douce et plus cultivée que le Croquemitaine. Ce n'était pas bien compliqué de le surpasser dans ce genre de domaines... Mais la jeune femme était humaine, toute aussi puissante que soit son aura sur scène, Wolf l'emporterait quand même.

Nate en avait décidé ainsi et rien ne pourrait le faire changer d'avis. Il était trop tard. Bien trop tard. Changer les règles du jeu, c'était signer son arrêt de mort. C'était s'enfoncer dans quelque chose d'inconnu et d'instable, bien que positif...

Mais le russe n'avait jamais été destiné au "bon côté du fleuve". Il préférait refouler sa peine et sourire, parce qu'elle souriait aussi et riait de son audace enfantine. Elle ne voulait pas qu'il parte elle aussi...

« Je n'ai de comptes à rendre à personne tu sais, si je veux rester je peux rester... »

C'était à moitié vrai. Il pouvait faire ce qui lui chantait, JMC n'allait pas l'ennuyer. Tant qu'il suivait les Règles. Le Croquemitaine serait surement furieux d'apprendre que son Ombre s'était tournée vers Lucille... Mais en présentant bien la chose, il pourrait se calmer et admettre que la chanteuse avait son utilité dans cette affaire. Ce ne serait pas lui, Johnathan McCurney, qui allait fouiner dans les rayons des bibliothèques.

A moins que... Chester eut une drôle d'idée, une idée qui le fit tellement rougir et le déstabilisa à tel point qu'il disparut pendant quelques secondes, réapparaissant finalement avec un petit sourire d'excuse:

« Humm désolé Lucille... J'étais distrait... »

De toute façon il ne comptait pas le dire à Wolf. Il n'irait pas trahir son propre camp pour la chanteuse, mais il n'avait pas le cœur à la trahir elle aussi... La situation ne le justifiait en aucun cas.

Et soudain, l'Ombre paniqua. Il réussit à contenir ses émotions et à ne rien montrer, mais à l'intérieur c'était le chaos. Une simple petite phrase qu'il connaissait déjà... La dernière fois qu'ils auraient l'occasion de se parler comme ça? Oui bien sûr c'était difficile de franchir ce gouffre béant de victime à bourreau, mais il pourrait encore lui rendre visite de temps en temps, lorsque les choses se seraient calmées, lorsqu'il aurait plus d'expérience, lorsqu'elle... Non? Il ne pouvait pas, non? Pourquoi...?

Et Lucille expliqua bien vite pourquoi. Tout en l'écoutant, Chester s'était amusé à tenter de caresser la tranche des livres dans les rayonnages. Évidement, il ne pouvait pas les toucher, ses doigts passaient à travers... Mais quand elle lui annonça la nouvelle – quelque chose qu'au fond il avait déjà deviné mais préférait faire semblant d'ignorer – l'Ombre se matérialisa brutalement, plus consistant que jamais, tel un humain véritable. Le trop plein d'émotions exacerbait sa puissance pour un temps très limité. Ses doigts immatériels étaient plongés dans les livres quelques secondes auparavant... Et lorsqu'il prit corps, l'ouvrage qu'il était en train de traverser du bout des doigts explosa de l'intérieur. Le bruit fut bref, semblable à un énorme dossier constitué de feuilles volantes qui s'écrase au sol et s'éparpille. Un gros boum assourdi et le doux bruit des centaines de morceaux de papiers qui dansent dans les airs pendant quelques secondes avant de s'éteindre temporairement sur le parquet ciré de la bibliothèque.

A cette heure-ci, elle était pratiquement déserte, une aubaine. Les doigts de Nathaniel avaient donc pris corps en plein dans un livre, heureusement sa main était intacte. Il s'était pétrifié en plein milieu des rayonnages qui sentaient l'encre et la poussière, il regardait Lucille d'un air bête et un peu suppliant. Il ne voulait pas. Il ne voulait vraiment pas.

« Merde, toi aussi je vais te perdre alors? » lâcha-t-il le plus simplement du monde, comme le plus banal des humains au bord des larmes.

Il n'avait pas le choix. Les feuilles du livre déchiqueté voletaient autour de lui, accentuant le pathétique de la situation.
Chester
Au pays des framboises et des champis
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Sujet: Re: Сумерки
Mer 8 Fév - 23:53

Spoiler:
 


Les morceaux de papier déchiquetés ressemblaient à de la neige. Lucille sursauta lorsque le livre explosa autour des doigts de Chester, et elle recula d’un pas – avec un bruit doux, les pages déchirées retombèrent autour d’eux lentement, comme s’ils avaient tout leur temps. Elle eut soudain très froid. Entre les miettes d’encre et de papier, elle vit le visage de Nathaniel qui soudain s’était durci, sa main crispée, ses yeux qui la suppliaient presque, son cœur se serra un peu plus dans sa poitrine. Oh, pourquoi l’avait-elle laissé se transformer en Ombre, se demandait-elle comme une ritournelle lancinante, pourquoi n’avait-elle rien fait. Maintenant il était trop tard, tout était sali. Bien trop tard pour pouvoir faire quoi que ce soit.

A travers la peau pâle des bras de Nathaniel, elle vit ses veines saillir. Ses mains nerveuses s’étaient refermées sur le vide – elle regrettait de ne pas avoir pris sa main, quelques secondes plus tôt. Il l’aurait serrée, il lui aurait peut-être brisé les os, mais au moins elle aurait ressenti quelque chose. Autre chose que ce froid triste, qui la faisait frissonner dans son pull en laine.

« Merde, toi aussi je vais te perdre alors? »

« Nathaniel... »

Le nom s’était échappé de sa gorge mais aussitôt sa voix s’était nouée, et elle avait été incapable de dire la suite. Peut-être qu’elle ne savait juste pas quoi dire, peut-être parce qu’il n’y avait juste rien à dire. Elle ne pouvait pas le consoler parce qu’elle aussi était triste, et parce que c’était la vérité – il allait la perdre, elle allait le perdre, ils s’étaient perdus tous les deux quelque part dans les Cauchemars.

Elle serra les poings jusqu’à ce que ses articulations blanchies craquent, et puis elle hocha la tête.

« Oui. On ne pourra plus se voir. Mais c’est... Ce qu’on a choisi. Donc quelque part peut-être que c’est mieux, n’est-ce pas ? »

Son sourire criait le faux mais elle le fit quand même, un peu maladroitement, comme si elle cherchait son approbation. Les mots quittaient difficilement sa gorge sèche, elle humidifia ses lèvres, baissa les yeux, les releva vers lui. Nathaniel, il était encore tellement Nathaniel. Comment pourrait-elle penser un jour à lui en tant qu’ennemi ?

Elle en avait marre de ces questions sans réponse qui poussaient dans ses pensées comme du lierre.

Elle ferma les yeux, comme si cela pouvait l’aider à ne plus réfléchir, réalisa que ça ne servait à rien. Les rouvrit.

Elle s’approcha de lui et, se hissant sur la pointe des pieds, lui posa un minuscule baiser sur la joue. Un baiser de fée, à peine perceptible, juste pour le geste – elle se souvenait de son odeur et c’était toujours la même, une odeur d’épices et de cranberry, une bouffée de chaleur. C’était un baiser pour ce qui aurait pu être, s’ils avaient pu être amis, ce qui aurait pu exister si les Cauchemars n’étaient pas là. Pour qu’elle n’ait pas de regrets. Puisqu’elle ne savait pas s’y prendre avec les mots, Lucille.

Ses talons touchèrent le sol, elle ne le quitta pas du regard, lui sourit faiblement.

« Maintenant pars avant que je sois trop triste. »

Les adieux lui faisaient peur, ces adieux lui faisaient peur. S’il restait trop elle ne répondait de rien ; s’il restait elle aurait tout le temps de se lamenter sur sa douleur et de prier des dieux inutiles. Et elle ne voulait pas de ça. Elle avait été une pleurnicharde bien trop souvent. Elle lui sourit.

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Lucille Rosebury
& The Sunshine
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Sujet: Re: Сумерки
Sam 3 Mar - 12:53

Lucille Rosebury prononça un drôle de mot. Un prénom que Chester savait sien, ce n'était pas si loin... Mais le prénom résonna étrangement à ses oreilles. La voix de la petite chanteuse s'était nouée, on pouvait croire qu'elle se retenait... Elle serrait les poings. Voulait-elle le frapper ? Peut-être qu'en le violentant, en le tuant à nouveau, il allait revenir comme avant. Il allait redevenir humain. Chester n'y tenait pas vraiment. Il n'avait cessé de clamer son appartenance à l'Ombre, il s'y sentait chez lui depuis le début. Ses derniers débris d'humanité gisaient là, entre Lucille et lui. Elle était le tout dernier lien qui le retenait en tant qu'homme. Un garçon bien élevé lui aurait fait la cour, lui aurait offert des fleurs puis un café. Des chocolats. Un ticket de concert démentiel avec une place en coulisses, juste sous la scène dans la pénombre et vas-y que je te roule un patin je te demande même en mariage parce que tu es la meilleure, si loyale et droite que j'ai de la chance de t'avoir rencontré. Une Ombre digne de ce nom la choperait par le bras et s'emploierait à la violer dans un détour du pire Trip du Royaume de Mère Ombre. Law City peut-être.

Wolf.

Il serait plus sage d'y retourner, maintenant. Il avait eu ce qu'il voulait. Oui. Mais... Tout Cauchemardesque qu'il était, le russe avait du mal à se détacher de cette bibliothèque. Il pouvait faire une sortie théâtrale, se faufiler dans les livres et disparaître comme s'il était aspiré par tous ces récits fantasmagoriques. Comme s'il n'avait jamais existé, comme s'il était une production de l'imagination fertile de Lucille. Une vision causée par la drogue. Un petit rêve aux saveurs de cauchemar.

On ne pourra plus se voir.

« Mieux... Parce que c'est notre choix ? Je ne sais pas si... Si c'est mieux»

Chester faisait rouler les mots entre ses lèvres comme s'ils étaient comestibles. Le goût qu'il avait au fond de la gorge n'était pas agréable. C'était un peu amer, le mieux glissait sur sa langue, buttait contre ses dents et coulait d'entre ses lèvres, dubitatif. Mieux... Il n'aimait pas ce mot. Ce n'était pas mieux.

Cependant il n'avait rien de plus intelligent à répliquer. Lucille avait parlé de choix avec raison. Ils étaient deux jeunes cons qui avaient décidé de jouer avec des puissances bien au dessus d'eux. Il fallait en payer le prix. L'Ombre ne bougeait pas tandis que la chanteuse était en proie aux incertitudes, aux questions sans réponse. Pour lui le temps n'avait plus d'importance, il n'avait plus rien à craindre... Hormis les Attrape-Rêve. Lucille n'en était pas une.

Pas encore.

Un tressaillement craintif s'empara de l'Ombre lorsque l'Humaine lui frôla la joue du bout des lèvres. C'était le monde à l'envers. Lucille revenait déjà sur terre, ses pieds tous entiers unis avec la gravité. Chester pouvait bien en être jaloux. Elle n'avait pas reculé après son petit baiser, elle était si proche, tellement proche... Pour le congédier.

Une ombre passa sur le visage de Nathaniel Lazarey. Elle se permettait de décider du moment où il devait partir ? C'est cela, bientôt elle allait également l'appeler quand elle en aura envie et lui se précipitera vers elle comme un toutou bien dressé ?! Chester perdait la tête, son état d'Ombre revenait au grand galop. On n'échappe pas à sa vraie nature. Il trembla un peu et lâcha un soupir agacé. Il n'aimait pas partir dans cet état, il aurait voulu que les choses soient... Mieux. C'était dur de se contrôler, il pouvait l'attraper à tout moment et lui faire vivre un enfer. Ne jamais la ramener ici, dans la réalité. Emprisonner son esprit dans les Trips, pourquoi pas le sien qui verrait bientôt le jour ?

Il ne voulait pas la blesser. Mais c'était plus fort que lui.

« Ok. »

Son ton était crispé, son air fermé. Il attendit un battement de paupières et disparut comme ça, d'un coup. Il laissa juste un vide, avec un peu de chances elle allait croire à un mauvais rêve. Il l'avait plantée là, en plein milieu de la bibliothèque silencieuse et quasi déserte. Il ne s'était même pas détourné, il n'avait pas simulé une sortie naturelle. Il s'était éclipsé comme ça, profitant d'un battement de paupières pour fuir.
Chester
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